Olivier Devignaud

Olivier DEVIGNAUD dénonce avec tendresse les dérives de l'ère « world wide web ». Si certains voient dans ses œuvres une influence « street art », sa « street » à lui c'est le boulevard du Net. Avec ses trains de mails et ses camions d'images, qui traversent parfois nos écrans sans autorisation, malgré les perméables règles de contournement censées protéger nos ordinateurs. Et dans ces messages en dérapage incontrôlé, sa sensibilité d'artiste capte les joies, les appels au secours, les offres pathétiques, l'amour pas toujours si virtuel, les combats des hommes et de la terre, la vie qui semble s'accélérer et dont il tente de capter des bribes qui s'accrochent à ses œuvres. J'ai parfois l'impression qu'Olivier Devignaud fait face avec candeur à l'ouragan de ce siècle, la main tendue, serrant un dérisoire filet à papillons, avec lequel il attrape des miettes de l'histoire, de la société, des émotions des hommes et des femmes d'aujourd'hui. Alchimiste du temps présent, ses émotions créatives vont et viennent entre réalisations manuscrites et conversion informatique, de l'écran au papier ou à la toile. La souris se mute en crayon ou en pinceau traditionnel. Le temps joue un rôle important dans le travail d'Olivier Devignaud. Temps de plus en plus accéléré de l'information si vite écrasée par les nouveaux messages. Temps que l'on peut différer en stockant, en relisant, en rediffusant. Temps qu'il faut apprivoiser pour ne pas se le laisser voler par le rythme que tentent de nous imposer les nouveaux média. Il aime à utiliser des matières, des vernis qui vont évoluer au fil des mois et des années. L'œuvre que je contemple est différente de celle qu'il a créée, et j'en aurai encore une autre vision dans dix ans. Elle n'est pas figée. Comme ceux qui la regardent, elle change et évolue. Juste retour des choses, il remet le virtuel au pas de l'être humain, finalement assez intemporel…