La peinture est pour moi une recherche et un mystère que je tente de mettre en forme. Portée par la quête de la curiosité, l’émerveillement, la perception de l’invisible et le sentiment de l’indicible qui fait entrevoir l’infini jusqu’au vertige, je m’interroge sur cette force qui anime l’être humain, sur la construction de son destin et son rapport avec le monde. Mon cheminement en peinture et dans la spiritualité sont étroitement liés : rien n’est acquis. Je plonge toujours plus au fond des êtres, de moi-même et des événements dans ce même mouvement qui me fait approfondir la matière, la couleur, la ligne, les transparences.
Chaque tableau est une nouvelle interrogation. Mon travail puise sa substance aussi bien dans la nature que dans l’homme. Je m’inscris au cœur d’une dynamique fertile, source de renouvellement des formes et des couleurs. Cet élan agit sur mon œuvre par la vibration de la matière qui la compose et la lumière intérieure qui en jaillit. Ces variations de matières différentes dans un même tableau, font jouer la couleur et douter le regard. Le travail sur la ligne qui s’élabore au fil des oeuvres symbolise le lien entre les personnes, l’unité avec l’environnement, met en valeur, par un jeu de contrastes, la lecture de la matière. Ce travail sur les paradoxes bouscule la vision de l’œuvre en brouillant les perceptions de l’arrière-plan et du premier plan. Il fait courir les lignes sur la surface de la toile, créant un labyrinthe où les personnages semblent - fausse apparence - s’égarer alors qu’ils découvrent les liens avec ce qui les entoure.
Cette exploration permanente provoque parfois des échappées au milieu des séries que je réalise, avec l’apparition d’un tableau qui paraît être en rupture avec la série précédente, mais annonce, sans que j’en aie forcément conscience ce qui est à venir. Dans ces moments, ma main et mon pinceau, guidés par le fruit d’accumulations précédentes, explosent dans une dynamique créative intense, libérés de toute contrainte. Ces tableaux à la croisée de deux périples se nourrissent et donnent des clefs pour décrypter et ouvrir les portes de mon univers artistique.
J’aime me remémorer cette phrase de Robert Pousseur dans son livre, Les artistes, sculpteurs d’humanité :
« L’art contemporain ne se divise pas en art profane et en art sacré. Il est profondément humain, exprimant les cris, les souffrances, les joies, les attentes, la soif spirituelle des hommes. Il est appel au dialogue. En cela, il est sacré . »